Un appel au secours

par Nancy Caouette (janvier 1988)

Nous sommes mardi, le 12 mai 1987 et il est présentement 23h. 45. Je m'en reviens de mon travail pour m'en retourner chez moi et je prends le métro. Tout est paisible et je lis tranquillement mon livre. Tout à coup, rendue à la station Viau, le métro freine brusquement et nous sommes tous secoués. Les lumières du métro s'éteignent et le chauffeur vient nous voir et nous apprend qu'une personne vient de se suicider. Nous attendons et on nous fait descendre du métro. Tous veulent voir; les gens sont curieux et moi, étant infirmière, je suis curieuse aussi. Quelqu'un me demande si je peux aider. Je vois alors de la chair partout et le jeune homme. Il a à peu près mon âge... 23 ans... C'est horrible... il n'a plus qu'un seul bras, l'autre est complètement déchiqueté, le sang coule partout, le visage est défiguré. Alors, nous ramassons ses cartes pour pouvoir l'identifier et prévenir sa famille. On l'installe doucement sur une planche de bois placée sur une civière... il est mort...

Nous ramassons tout ce qui reste de lui et moi, je repars chez moi. Je ne pleure pas, car je me sens tellement révoltée contre la société en ce moment. Pourquoi? Parce qu'on aurait peut-être pu le sauver si les gens n'étaient pas si individualistes et ne pensaient pas qu'à eux. C'est là le problème...

J'ai revu devant mes yeux ce jeune homme et je pensais à la famille. Quelle douleur d'apprendre que leur fils vient de se tuer... je pensais à ma famille... cela aurait pu être elle... Je ressentais toute la douleur... cela me faisait mal. Je suis arrivée chez moi et là, je me suis mise à pleurer. J'ai pris ma fille dans mes bras et je l'ai serrée très fort contre moi. Je n'ai pas pu dormir cette nuit-là, pensant à tout ce qui venait de se passer.

Si je vous raconte ceci, c'est pour vous avertir. Si vous connaissez quelqu'un de votre entourage qui se sente déprimé et qui parle de se suicider, essayez de parler avec cette personne. Vous savez, parfois cela fait tellement de bien de simplement parler, on se sent mieux après. Tendez-lui la main... ne le laissez pas seul, je vous en prie. Et si vous, vous ne pouvez pas, il existe des organismes qui sont là pour vous aider et qui sont confidentiels. Vous pourrez vous dire alors que vous avez essayé avant que cela ne soit trop tard. Je sais que l'on ne peut éviter l'inévitable, mais au moins vous aurez essayé.

Tâchons un peu de mettre plus d'amour dans nos cœurs... tendons-nous la main... c'est possible, vous savez. Allons, ne restons pas sourd.

Mais... il est trop tard pour lui.

J'espère que cela vous fera réfléchir un peu...

Merci bien de m'avoir lue...

Ce soir... j'ai prié...